Histoire de la CHJM

Visionner le documentaire « Au-delà des bâtiments… »

D’un lieu désœuvré, un quartier est né… Tant d’années et de gens ont passés… et pourtant l’ensemble ne s’est jamais désuni.

Au cœur des débats politiques, et des diverses transformations sociales, envers et contre tous, les Habitations Jeanne-Mance ont vu le jour.

Situation

La Crise de 1929, puis la guerre, ont entraîné une baisse importante de la construction à Montréal alors que les besoins en matière d’habitation n’allaient pas en s’amenuisant. Une véritable crise du logement s’installe entre les années 1930 et 1940.

Dans le faubourg Saint-Laurent, outre le manque de logement, les espaces sont restreints et surpeuplés, plusieurs sont dépourvus des commodités de base telles que l’accès à une toilette privée ou à de l’eau chaude, sans parler de la vermine qui infeste souvent les lieux que l’on peut aisément qualifier d’insalubres. Quelques organisations ouvrières réclament la construction de logements à prix abordables. Il apparaît alors évident qu’une intervention sociale est essentielle et souhaitable.

Le centre-ville se veut alors un endroit de prédilection pour le développement de commerces et d’édifices à bureaux. Or, cet espace est habité à pleine capacité : des familles, des travailleurs, des chômeurs, des retraités… une panoplie de ménages dont il faut tenir compte et pour lesquels ce quartier tant convoité est un milieu de vie, le leur. Débute alors une série d’affrontements entre différentes instances, principalement politiques, un débat qui oppose des motivations économiques justifiées à des principes sociaux tout aussi légitimes.

Le Projet

L’intervention de l’État se fait par la construction de logements à bas loyer. Ainsi, l’adoption de la Loi nationale sur l’habitation, le 15 août 1944, autorise l’octroi de soutiens financiers aux municipalités puis, en 1949, le gouvernement fédéral admet l’idée du logement public et s’ouvre à l’élaboration de projets fédéraux-provinciaux de logements subventionnés.

Le 30 mars 1951, le conseil municipal de la Cité de Montréal autorise un emprunt de 1,5 million de dollars pour l’élimination de logements jugés insalubres.

Le 26 novembre 1952, le Comité des 55, composé de cinquante-cinq associations caritatives, religieuses et syndicales, conjointement avec le comité exécutif de la Ville, présidé par le conseiller municipal Paul Dozois, travaille à l’élaboration d’un projet visant l’élimination des taudis et la construction de logements à bas loyer à Montréal. Le 12 mai 1953, il identifie le secteur de la « Main » et produit un rapport présentant des arguments sociaux et économiques de même que des solutions concrètes. Il s’agit du rapport Dozois et le réaménagement qu’il propose, le plan Dozois, sera déposé le 17 septembre 1954. Le 11 avril 1956, un projet modifié, le rapport Field-Dozois, est finalement accepté par le comité exécutif de la Ville.

Les Habitations Jeanne-Mance

Le 15 janvier 1957, la Cité de Montréal crée l’Office municipal de l’habitat salubre qui ouvrira la voie et permettra la réalisation des Habitations Jeanne-Mance. Le 16 mai 1957, la Ville prend possession du secteur et les premières démolitions débutent quelques semaines plus tard. Les habitations porteront le nom de Jeanne-Mance, afin de rendre hommage à cette femme dévouée, fondatrice de l’Hôtel-Dieu, cofondatrice de la Cité de Montréal et  instigatrice de nombreuses œuvres sociales du secteur.

Les coûts de construction s’élèvent à plus de 10 millions de dollars financé à 75 % par le gouvernement fédéral (Société canadienne d’hypothèques et de logement) et à 25 % par la Cité de Montréal, tandis que le gouvernement provincial a contribué pour un montant de 1 million de dollars.

Le 16 juin 1958, la Corporation d’habitation Jeanne-Mance voit le jour et un an plus tard, soit le 16 juillet 1959, elle se voit confier la gestion des terrains et des immeubles nouvellement construits.

Les premières familles emménagent le 15 octobre 1959 et en mai 1961, tous les logements sont complétés et occupés.

Les Habitations Jeanne-Mance, situées au cœur du centre-ville de Montréal, représentent le premier et le plus grand projet de rénovation urbaine au Québec. Au total, il aura fallu huit ans pour que celui-ci se réalise. Au moment de leur réalisation, les Habitations Jeanne-Mance sont un modèle de modernité : structuré en cinq îlots résidentiels, le site accueille cinq tours, quatorze multiplex en rangées et cinquante maisons de ville.

À travers le temps

Au moment de sa construction, la tour érigée dans le prolongement de l’allée de l’Hôtel-de-Ville offrait un passage piétonnier extérieur traversant le bâtiment de part et d’autre. Avec le temps, ce passage a été obstrué et on y trouve maintenant une salle communautaire. Ainsi, même si les travaux de réaménagement effectués entre 1986 et 1990 ont modifiés certains éléments d’origine du site, plusieurs arbres matures le dominent de façon grandiose aujourd’hui, celui-ci étant d’ailleurs considéré comme un îlot de fraîcheur au centre-ville.

Depuis le tout début, un grand nombre d’organismes, dont certains sont toujours actifs, se sont investis dès les premières années auprès des résidents dans le but d’améliorer leur qualité de vie et de favoriser leur autonomie. Grâce à eux, un véritable milieu de vie s’organisait. Les « mères de familles » avaient accès à des cours de cuisine, de couture, aux services d’une clinique médicale ou d’une garderie.

Aujourd’hui, ce milieu de vie n’a jamais été aussi vivant et dynamique. Les résidents et ceux du quartier ont accès à des installations récréatives et sportives comme les terrains de basket-ball et de soccer, une patinoire et des jeux d’eau. Le parc Toussaint-Louverture est un espace public propice à la tenue d’activités festives et culturelles. Par ailleurs, ce parc ainsi que les Habitations Jeanne-Mance dans leur ensemble représentent une interface importante entre les diverses composantes du Quartier des Spectacles; un véritable lien culturel entre la Grande Bibliothèque du Québec et la Maison symphonique.

D’autres espaces, comme l’allée de l’Hôtel-de-Ville, servent à la détente, à la lecture et à la socialisation. Depuis 1997, une fête interculturelle rassemblant des chanteurs, musiciens et danseurs de divers pays, a lieu annuellement et représente un évènement très attendu.

Afin de maintenir la pérennité du site, la Corporation a entrepris, depuis 2004, un vaste programme de modernisation des bâtiments, incluant les travaux de rénovation de chacun des 788 logements qui ont débuté en 2011. La réalisation de ces travaux est rendue possible grâce à la participation de la Société canadienne d’hypothèques et de logement et de la Ville de Montréal.

Ces dernières années, les initiatives en matière de développement durable, de développement de l’art public et d’aménagements paysagers ont été particulièrement denses : amélioration et bonification de la couverture végétale, érection d’une pépinière, réfection écologique des  stationnements, et réalisation de quatre murales sous le thème des Saisons montréalaises, pour nommer que celles-ci.

Conclusion

En 2009, les Habitations Jeanne-Mance ont célébré leur 50e anniversaire. L’organisation de plusieurs festivités et événements dignes d’intérêts ont permis à tous les résidents de faire connaître ce milieu de vie exceptionnel.

Les Habitations Jeanne-Mance, c’est tout cela… une histoire remplie de surprises, un parcours sous une météo variable, une expérience qui nous change profondément. Il s’agit d’un petit village attachant au cœur même d’un quartier qui, habilement, nous amène à porter un regard différent sur le monde. De nos jours, les gens qui vivent en ces lieux forment une mosaïque culturelle représentant environ 70 pays, aussi vivante qu’unique au cœur du centre-ville de Montréal qui l’a vu grandir.

Au-delà des bâtiments, il y a les gens….